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Abdallah Benanteur (1931-2007) "Impression et Pointe du Raz", 1961 - Huile sur toile, 1.3 x 1.62 m - Musée des beaux-arts de Quimper © Bernard Galéron / ADAGP, Paris

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Nouvelle acquisition

Le musée a reçu en don cette toile d'un nouvel artiste pour la collection, Abdallah Benanteur, d'origine algérienne, qui fréquente la Bretagne les étés. Ici, dans ce paysage abstrait, le grandiose affrontement, qui oppose l’océan aux roches déchiquetées, ressort d'un chaos magmatique coloré à la touche épaisse.

« Imprégné par la culture arabe de son Algérie natale, par la grande peinture européenne des musées de France et d’Europe, par les arts graphiques et les manuscrits d’Europe, d’Orient et d’Extrême-Orient, nourri par l’imaginaire des poètes du monde entier, - dont il était devenu un fin connaisseur, grâce à sa femme Monique Boucher, - il a su créer des œuvres personnelles, des paysages poétiques baignés par la lumière réelle de sa Méditerranée natale et de sa Bretagne d’adoption, … » Claude Leman, galeriste de l'artiste

Abdallah Benanteur bénéficie d’une formation à l’école des beaux-arts d’Oran (1946-1952), avant de suivre les cours du soir de l’Académie de la Grande Chaumière à Paris (1953-1955). Il aménage un atelier à Ivry-sur- Seine tandis qu’il commence à fréquenter la Bretagne chaque été dès la fin des années 50. Bien qu'exerçant dans plusieurs domaines, il est connu pour ses gravures. Plusieurs expositions couronnent son travail avec, notamment, la présentation en 1970 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris d’une rétrospective de son œuvre gravé. Parallèlement à ses réussites rapportées aux illustrations de textes de ses amis poètes et écrivains, Benanteur affirme son approche picturale en renonçant à la figuration. Ses débuts parisiens coïncident avec une remise en cause du paysage descriptif tel qu’il avait pu le pratiquer à ses débuts en Algérie. Désormais, Benanteur développe une approche plus complexe de la définition de l’espace sur une toile, pratiquant la modulation des teintes tout autant que l’application des touches en épaisseur. Proche de l’abstraction informelle, sa peinture affirme également une imprégnation de la culture orientale, mariant phases méditatives et ruptures en forme de transes. Au début des années 60, l’artiste peint des formats importants, privilégiant une gamme de couleurs jaune-sable assourdie dans laquelle émerge des éclats de pigment plus tranchés et lumineux. Ces compositions sont toujours assorties d’un titre rappelant comme dans cette toile la ressouvenance d’un lieu visité. La présence dans le titre du mot impression indique le souci de l’artiste de ne pas se laisser enfermer dans une description reconnaissable du site de la Pointe du Raz. Seul, l’enchevêtrement des touches qui culmine dans la partie centrale permet de reconstituer le grandiose affrontement qui oppose l’océan aux roches déchiquetées. Plusieurs couleurs émergent de ce chaos magmatique, du rose léger au bleu pâle qui toutes deux s’inclinent devant la majesté d’un jaune safran triomphant. Il s’agit bien d’une impression mais qui entraîne l’âpre rudesse d’un paysage balayé par les éléments à la force du geste libéré du peintre.
Aux antipodes d’une vision passéiste qui a perduré en Bretagne jusque tard dans le XXe siècle, la peinture de Benanteur apporte un souffle nouveau et voisinera avec profit auprès des compositions bien repérées de Bazaine, Manessier ou Le Moal.
En dehors d'un don de 418 oeuvres à l’Institut du Monde Arabe, les œuvres de cet artiste algérien, parmi les plus importants de sa génération, demeurent rares dans les collections publiques françaises.